Lectures

Tant que vole la poussière – Cameron Valciano

Bonjour tout le monde ! Je vous retrouve aujourd’hui pour vous parler de ma dernière lecture. Il s’agit de Tant que vole la poussière de Cameron Valciano, publié chez Magic Mirror Editions. C’est une réécriture/suite du Peter Pan de James M. Barrie.

Titre : Tant que vole la poussière

Autrice : Cameron Valciano

Éditeur : Magic Mirror Editions

Pages : 442

Elle a grandi, est devenue mère, incapable d’affronter pleinement la réalité. Elle noie son mal-être dans l’opium.

Il échappe aux affres du temps, se terre dans un quartier londonien sordide, rescapé de son excursion cauchemardesque dans le ventre du crocodile. Il attend son heure.

Wendy Wild née Darling et le Capitaine James Hook.

Quand leurs chemins se croisent à nouveau, elle est dévastée par la disparition de sa fille et reste persuadée, envers et contre tous, que son enfant se trouve sur l’Île de Nulle-Part. Lui est porté par sa haine, il ne vit que pour sa vengeance contre le Garçon Éternel.

Les deux anciens ennemis n’ont d’autre choix que de s’allier pour regagner le Pays Imaginaire. Mais ces terres prodigieuses ne sont plus telles qu’ils les ont connues : le chaos menace, le mal s’est enraciné dans les tréfonds du royaume de Peter Pan…

Le pirate déchu et la conteuse d’histoires déterminée parviendront-ils à surmonter leurs différences et leurs oppositions passées pour servir leurs intérêts communs ?

Voilà un roman que j’attendais avec impatience ! Le Peter Pan de James M. Barrie est une oeuvre qui m’a toujours fascinée par son personnage éponyme iconique et son monde onirique à la frontière entre le merveilleux et la mélancolie. La relecture de cette oeuvre, loin de l’image acidulée de notre enfance, fait remonter à la surface l’ombre de thématiques que nous ne comprenions pas à l’époque, aveuglés comme Wendy par ce garçon joueur et insolent. Il y a ces ténèbres, prêtes à se débarasser des Enfants Perdus lorsqu’ils commencent à grandir, cette insouciance si grande qu’elle plonge dans l’oubli et ce racisme maintenant si évident à chaque apparition des Picanninies.

Alors quand cette réécriture a pointé le bout de son nez, j’ai sauté dessus. Inaugurant le collection Bad Wold de Magic Mirror Editions, elle prend le partie de réinventer le destin de Wendy Darling devenue adulte. Maintenant veuve, elle a sombré dans l’opium depuis la disparition de sa fille Jane, partie pour le Pays de Nulle Part et jamais revenue. Pour sauver la chair de sa chair, la jeune femme choisit de s’allier au Capitaine Crochet, l’ennemi de son enfance. James Hook est donc le second point de vue de ce roman, puisque cette nouvelle collection se penche sur les « grands méchants » de nos contes et légendes.

Mon avis sur Peter Pan

La première chose que je tiens à souligner m’a sauté aux yeux dès les premières pages : l’autrice a une plume magnifique, détaillée, pleine de coeur. Si vous aimez les longues descriptions romanesques et les dialogues aux tons passionnés et épiques, alors vous allez vous régaler ! On remarque tout de suite le soin qu’elle a mis dans chaque phrase, chaque mot choisi, chaque tournure, chaque référence littéraire (et ce roman en compte beaucoup). Ainsi, Cameron Valciano nous plonge dans un Pays Nulle Part à la fois familier et nouveau, car elle est capable d’approfondir ce monde inatteignable pour le rendre palpable.

J’ai vu quelques personnes remarquer qu’elles avaient été un peu déstabilisées de ne pas retrouver la même ambiance que dans le récit de leur enfance. Je peux les comprendre, mais je ne vois pas cela comme un point négatif. Au contraire, je trouve que cela correspond bien au vécu des personnages, mais aussi au nôtre. Wendy a grandi. Elle n’était plus cette petite fille rêveuse, mais une adulte désabusée et usée par les épreuves de la vie. A travers elle, nous sommes témoins à quel point les merveilles d’antan peuvent se ternir une fois que l’on pose un oeil plus nature sous leur couche de paillettes. Car comme Wendy, j’ai grandi moi aussi. La lectrice adulte n’est plus la même que la lectrice enfant. Pour moi, il était donc évident que le Pays de Nulle Part serait différent, tout comme Wendy. Certes, elle n’a plus rien à voir avec celle qu’elle était, mais une fois que l’on a accepté cela, on découvre un personnage immensément travaillé, avec ses forces et ses faiblesses. A la fois fragile, prête à se briser, tout en étant admirablement tenance, notre héroïne surmonte les épreuves petit à petit et s’épanouit en tant que mère et en tant que femme.

Elle aussi, elle avait tant aimé cette Île de Nulle Part. Elle mettait cette angoisse sourde qui lui étraignait parfois le coeur sous le signe d’une jalousie mal placée : en tant qu’adulte, il lui était impossible de regagner les contrées imaginaires. Elle ne savait plus voler. Elle en avait presque peur. Peur de voler, peur de son enfance, peur de… Lui.

Pour moi, la plus grande qualité de ce roman repose dans de duo inséparable, ne pouvant exister l’un sans l’autre : Peter Pan et le Capitaine Crochet. Cameron Valciano nous plonge au coeur de cette relation, de ses origines et de ses conséquences. En donnant la parole à Hook, elle en fait un anti-héros tragique loin de la figure un peu grotesque de l’oeuvre originale. Elle a eu l’intelligence de piocher dans les quelques indices laissés par Barrie pour construire l’histoire du Capitaine : sa passion pour la mer, son sang à la couleur si étrange,… Je ne préfère pas vous en dire plus, mais croyez-moi cette histoire va vous passionner et donne toute sa force à Tant que vole la poussière.

Et puis bien sûr il y a Pan. Peter Pan. Une figure qui me fascine depuis toujours, tellement qu’elle a inspiré un personnage de l’un de mes futurs romans. Il représente l’enfance et sa cruauté, ses jeux dangereux, son entêtement, mais surtout sa solitude. C’est cet aspect là que l’autrice a souligné au lieu de le gommer comme l’ont fait de si nombreuses adaptations. Peter Pan s’impose comme un antagoniste redoutable dont le rôle va tiraillé le lecteur : comme Wendy, nous sommes confrontés à nos yeux d’adultes et nos souvenirs d’enfance. L’amour pour ce héros et la menace qu’il représente parfois malgré lui. Alors qui est-il ? Victime ou bourreau ? Figure déchue ou roi immortel d’un monde en décadence ? Ce Peter Pan est donc une réussite. Là repose peut-être l’un des seuls « défauts » que je pourrais reprocher au roman : on ne le voit pas assez. Sa présence hante une bonne partie du roman, mais il n’apparait réellement que bien trop tard à mon goût.

Interview de Cameron Valciano pour la sortie de Tant que vole la poussière

Outre ce trio principal, j’ai beaucoup apprécié les personnages secondaires. Jane, la fille de Wendy, est une adolescente forcée de grandir trop vite, mais ayant réussi à conserver sa douceur et sa compassion. Tiger Lily revient également et s’impose comme uen guerrière redoutable mais également profondément humaine. Cameron Valciano la sauve, elle et son peuple, des stéréotypes reducteurs de l’oeuvre originale. La description qu’elle fait de la culture des Picannanies m’a toujours semblée plein de respect et de justesse. L’autrice signe donc une belle galerie de personnages féminins se serrant les coudes entre elles. Et ça fait plaisir à voir !

+ Une plume travaillée et magnifique

+ Une réécriture du personnage de Crochet profonde et intelligente

+ Un antagoniste fascinant et marquant

Ma note :

D’autres avis sur Tant que vole la poussière : Les Voyages de Ly, Madame Ratou, Faith in Words

3 réflexions au sujet de “Tant que vole la poussière – Cameron Valciano”

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