Découvertes, Ecriture, Interview d'auteur

Rencontre avec une autrice : Mina M

Bonjour tout le monde ! Je vous retrouve aujourd’hui pour vous proposer une nouvelle interview d’auteur. Petite particularité cette fois : notre invitée est à la fois illustratrice et romancière. Il s’agit de la talentueuse Mina M, dont le prochain roman illustré par ces soins, Rêver Double, sortira aux éditions du Chat Noir le 23 juin prochain.

Bonjour Mina et bienvenue sur le blog ! Je te remercie de m’accorder cette interview 🙂

Bonjour Nina ! C’est moi qui te remercie !

Avant de découvrir la Mina illustratrice, j’aimerais découvrir la Mina lectrice, alors discutons un peu de tes goûts littéraires : as-tu un genre préféré ? Un genre qui n’est pas du tout ta tasse de thé ?

Mes lectures sont assez éclectiques.

En règle générale, j’apprécie les textes qui suscitent des questionnements, les  récits empreints de poésie, de mystère ou d’étrangeté.

Les plumes travaillées, les phrases chantantes et les jeux de mots me plaisent particulièrement. J’aime aussi lire des essais ou des livres de référence.

Tous genres confondus, je n’apprécie pas la vulgarité et la violence gratuite. Les genres qui m’intéressent le moins sont les autobiographies et les romances (en particulier quand les relations décrites sont  délétères ou superficielles).

Si tu devais n’en choisir qu’un seul livre, lequel serait-ce ? Un seul auteur ? Un seul personnage ?

Je pense que je choisirais le cycle de Dark fantasy Le Dit de la terre plate, de Tanith Lee. À mes yeux, c’est un véritable chef-d’œuvre. L’univers déployé par l’autrice est fabuleux. À la fois familier et universel, poétique, mystérieux, riche, le cycle se lit comme un recueil de contes qui s’entrelacent de manière subtile. Entre autres choses, il dépeint les travers de l’humanité et le rapport qu’elle entretient avec ses croyances, ses divinités et d’autres notions personnifiées, telles que la folie ou le destin. Les personnages sont tous intéressants. Évidemment, je le recommande à celles et ceux qui aiment les univers à la fois sombres et merveilleux, les récits originaux et intemporels, les personnages complexes.

Sur ce blog, j’adore faire découvrir de nouvelles merveilles à mes lecteurs. As-tu un dernier coup de cœur à nous conseiller (livre, film, série…) ?

A Ghost Story, de David Lowery. C’est un film poétique presque muet qui parle de solitude, d’éternité, de  mémoire. Il pose question et nous fait ressentir le temps qui passe de manière presque sensorielle. Les plans sont sublimes et la figure du fantôme y est très intéressante. Je l’ai trouvé envoûtant.

Vous pouvez retrouver les illustrations de Mina M sur son Instagram

Peux-tu nous parler de ton parcours en tant qu’illustratrice ? En partant de tes débuts jusqu’à celle que tu es devenue aujourd’hui…

Comme tout le monde, j’ai commencé à dessiner dès que j’ai su tenir un crayon. Je ne me suis jamais arrêtée. En tant qu’illustratrice, je suis autodidacte. Je n’ai jamais pris de cours de dessin ou de peinture, mais je me suis toujours exercée. C’est cette pratique assidue et une propension à observer mon environnement qui a fait de mon travail ce qu’il est aujourd’hui.

Avec quels éditeurs travailles-tu ? Comment ces collaborations se sont mises en place ?

J’ai travaillé avec plusieurs éditeurs : éditions du Chat Noir, Magic Mirror éditions, Miroir aux troubles, ActuSF, Sema éditions, Flame Tree Publishing, le Héron d’argent, Plume blanche, Fleurus …

Pour des raisons personnelles, je ne me suis pas aventurée dans le monde de l’édition avant 2013. Cette année-là, j’ai décidé d’envoyer des candidatures spontanées à quelques éditeurs, pour leur présenter mon travail d’illustratrice.

Mes premiers contrats ont été signés avec Cécile et Mathieu des éditions du Chat Noir, avec qui je travaille régulièrement. Depuis, je n’ai plus eu besoin de prospecter, je dois même parfois refuser des projets par manque de temps.

Magic Mirror fait néanmoins exception. Il y a quelques années, je suis tombée par hasard sur un billet qui annonçait la naissance de la maison d’édition. La ligne éditoriale me plaisait. J’ai donc contacté Sandy, la fondatrice, pour savoir si elle avait besoin des services d’une illustratrice. C’est ainsi que j’ai commencé à travailler avec elle.

Au début, je me suis cantonnée à l’illustration.  Il m’a fallu un certain temps avant d’oser proposer certaines de mes histoires. Je remercie Cécile et Mathieu d’avoir cru en ces textes et de m’avoir offert cette chance de les voir publiés.

Pour tes dessins, tu utilises à la fois le numérique et des techniques traditionnelles. As-tu une préférence ?

Non, je n’ai pas de préférence. Le numérique et les techniques traditionnelles sont complémentaires. Malgré tout, il y a deux avantages indéniables à utiliser les outils numériques, surtout quand les délais accordés par les éditeurs sont très courts : l’inexistence des temps de séchage et la possibilité de revenir en arrière.

Tu as un style très reconnaissable et un univers caractéristique, mêlant à la fois gothique et merveilleux. As-tu des inspirations particulières, des artistes et des esthétiques que tu admires ?

Tout comme mes lectures, mes inspirations sont multiples et variées. Je ne vais pas faire une liste des artistes dont j’apprécie le travail car elle serait beaucoup trop longue. Néanmoins, il y a des points communs entre toutes ces œuvres qui m’inspirent. Qu’il s’agisse de peinture, de dessin, de danse, de littérature, de cinéma, de musique, j’affectionne les univers poétiques, légèrement surréalistes, sensibles, parfois inquiétants et surtout, mystérieux.

Tout le monde aborde l’écriture d’une manière différente. Quand je rencontre une collègue autrice, je m’intéresse toujours à sa manière de faire. Quel est ton rapport à l’écriture ? Es-tu tombée dans la marmite quand tu étais petite ou cela t’est-il venu plus tardivement ?

J’écris depuis très longtemps, mais je n’ai jamais osé montrer mes textes à qui que ce soit avant la publication de Petites Défaillances. J’ai commencé par écrire des poèmes constellés de rimes et de vers chantants (que je jetais au fur et à mesure de peur que quelqu’un les lise). Plus tard, j’ai écrit quelques histoires courtes. Elles aussi, elles sont parties à la poubelle. Je ne suis pas une accumulatrice, j’ai tendance à me séparer assez facilement de mes créations. Mais leur essence demeure dans mon esprit et rejaillit toujours dans mes nouveaux travaux, peu importe leur forme.

Quel type d’autrice es-tu ? L’architecte qui planifie tout à l’avance ou la jardinière qui se laisse porter et surprendre par son histoire ?

D’après mon amie Pascaline Nolot, avec qui j’ai parfois échangé sur le sujet, je suis plutôt « peintre ». Je ne fais pas de plan, je n’écris pas de manière linéaire. Pour autant, je ne me laisse pas complètement porter par le récit.  

J’imagine l’histoire très longtemps avant de commencer à écrire. Elle se construit petit à petit dans mon esprit, comme mes illustrations.

Puis, vient le moment où je dois transformer cette succession d’images mouvantes en mots, en phrases, en paragraphes.

Le processus doit paraître anarchique vu de l’extérieur ! J’écris dans le désordre, selon mon inspiration. Je fais des liens entre ces bouts de texte au fur et à mesure. Je peaufine, j’ajoute des détails, touche après touche. Il arrive aussi que je change l’ordre des paragraphes en cours d’écriture.

C’est assez difficile de décrire ma manière de travailler un texte. Mais, ce qui est certain, c’est que je ne me retrouve ni dans le modèle de l’architecte, ni dans celui du jardinier, ni même de l’archinier ou du jarditecte.

Quel processus dans l’écriture d’un roman te plait le plus ? Au contraire, qu’apprécies-tu le moins ?

Ce qui me plaît le plus : la phase d’imagination, quand les personnages et leur univers naissent dans mon esprit.

Ce que j’apprécie moins : le moment où j’envoie le texte à la maison d’édition. J’angoisse et je doute terriblement.

Tu illustres toi-même tes romans. Comment incorpores-tu les dessins au texte dans ton processus créatif ?

Pour faire court, les images naissent toujours avant le texte, mais je les dessine après.

J’ai eu un coup de cœur pour ton recueil Petites Défaillances, sorti en 2019. Comment as-tu imaginé toute cette galerie de personnages, tous aussi beaux et poétiques les uns que les autres ?

Merci beaucoup Nina !

Mis à part Crépuscule de vie, les textes ont été écrits entre 2011 et 2015. Tout est parti de quelques mots que j’avais sélectionnés parce qu’ils me plaisaient. Je souhaitais simplement les associer, faire des rimes. Je ne sais plus comment les personnages sont nés. Mais ce qui est certain, c’est qu’ils appartiennent au même univers que les personnages de Papier Noir, lueur d’espoir et Rêver Double. D’ailleurs, tous mes textes et mes illustrations personnelles sont liés d’une manière ou d’une autre.

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Ton premier roman, Papier noir, lueur d’espoir est sorti en 2019 chez les éditions du Chat Noir. Quelles inspirations as-tu eues pour la création de cette œuvre ?

Il y a environ 15 ans, inspirée par la théorie des humeurs, j’ai dessiné un couple de personnages que j’ai prénommés Mélancolie et Bile noire. Plus récemment, j’ai eu envie d’imaginer leur histoire sans savoir ce qu’elle deviendrait. Au bout d’un certain temps, il m’a semblé intéressant d’offrir une sœur à Mélancolie. Une sœur qui entretiendrait des liens très étroits avec elle. Résilience s’est vite imposé comme étant un prénom tout à fait approprié à l’idée que je voulais explorer. J’avais envie de parler des limites indicibles, un sujet que j’évoque encore une fois dans Rêver Double. L’être humain a tendance à vouloir tout délimiter, faire entrer dans des cases, certainement pour se rassurer. Mais les limites sont mouvantes, changeantes, polymorphes. Nous le savons tous, il n’existe pas réellement de frontières entre le bien et le mal, les limites entre la  réalité et le rêve sont troubles, les contours de la folie sont indéfinissables. Dans Papier noir, lueur d’espoir, ce sont ces limites que j’avais envie d’évoquer. Peut-on réussir à les dépasser, à les contourner, à se jouer d’elles sans souffrir et sans faire souffrir les autres ?

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Qu’est-ce que la réalité ? Les souvenirs sont-ils fiables ? Pourquoi nous a-t-il abandonnées ?

Très tôt, ces questions s’imposent à l’esprit d’Alcidie qui, pour se protéger d’une réalité qui l’effraie, se réfugie dans un ailleurs enchanteur.
À l’aube de ses quinze ans, perturbée par ses perceptions singulières qui interférent avec son imagination et ses souvenirs, les frontières entre sa vie réelle et le rêve se dissipent peu à peu, conduisant ces mondes à s’entremêler. Progressivement, Alcidie perd les notions de temps et d’espace. Elle se noie dans son propre esprit.
Alors, guidée par d’étranges créatures, elle glisse au sein d’un univers insondable illuminé par un crépuscule éternel : Le Clair-obscur.
Y trouvera-t-elle du réconfort ? Un moyen de faire face ? Ou sombrera-t-elle plus profondément encore dans les limbes de son esprit rêveur ?

Ton second roman, Rêver Double, sortira le 23 juin prochain aux éditions du Chat Noir. Si tu devais choisir 3 mots pour le décrire, que dirais-tu ?

Question très difficile ! Je dirais : Perceptions-Réalités-Limites.

Peux-tu nous parler d’Alcidie, l’héroïne de ce roman ?

Alcidie est une adolescente discrète qui n’a pas peur de la solitude. Elle a deux très bons amis d’enfance plus âgés qu’elle de trois ans, une famille aimante, des intérêts singuliers et des particularités perceptives que je ne vais pas dévoiler ici, pour ne pas gâcher le plaisir  de la découverte. Ce n’est pas un personnage téméraire, elle est plutôt réfléchie. Elle est sensible, introvertie, honnête, mais certainement pas naïve. Elle se pose beaucoup de questions qui restent rarement sans réponses. En dépit de ses failles, de sa douceur, de sa gentillesse, elle possède un fort caractère, elle est solide.

Rêver Double dépeint une atmosphère mystérieuse et onirique. Peux-tu nous en dire plus sur cet univers ?

C’est un texte jonché d’échos, de liens, de reflets. J’ai essayé d’y insuffler une ambiance douce et poétique. En filigrane, il est question de mémoire, de perceptions, d’imagination, de notre rapport à la réalité et au temps. Je propose des chemins de réflexion que le lecteur peut tout à fait ignorer s’il le désire. Certains personnages de Petites Défaillances y font une brève apparition, mais il n’est pas nécessaire de l’avoir lu  pour comprendre le déroulement de l’histoire.

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Cette année, tu vas collaborer une fois de plus avec Magic Mirror Editions pour un recueil de contes illustrés. Quel est ton conte préféré ?

Je vais te décevoir, je n’ai jamais réussi à choisir un conte parmi tous ceux que j’ai déjà lus. Ce que j’aime dans les contes, c’est leur caractère universel, leur atmosphère hors du temps, le mystère qui plane entre leurs lignes, la poésie qui s’en dégage.

Pour soutenir le projet Les Contes du Miroir, rendez-vous sur la campagne Ulule de Magic Mirror Editions

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