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Circé – Madeline Miller

Bonjour tout le monde ! Je vous retrouve aujourd’hui pour vous parler de ma dernière lecture. Il s’agit de Circé de Madeline Miller, une réécriture mythologique contant la vie de la célèbre magicienne. Le Chant d’Achille de la même autrice fut un coup de coeur, je suis donc partie confiante. Ce roman s’est avéré être une très bonne lecture.

Titre : Circé

Autrice : Madeline Miller

Editeur : Pocket

Pages : 562

Fruit des amours d’un dieu et d’une mortelle, Circé la nymphe grandit parmi les divinités de l’Olympe. Mais son caractère étonne. Détonne. On la dit sorcière, parce qu’elle aime changer les choses. Plus humaine que céleste, parce qu’elle est sensible. En l’exilant sur une île déserte, comme le fut jadis Promethée pour avoir trop aimé les hommes, ses pairs ne lui ont-ils pas plutôt rendu service ? Là, l’immortelle peut choisir qui elle est. Demi-déesse, certes, mais femme avant tout. Puissante, libre, amoureuse…

Voilà un roman qui me tentait depuis longtemps ! Même s’il n’a pas su surpasser mon coup de cœur qu’a été Le Chant d’Achille, il reste une très bonne lecture qui régalera les passionnés de mythologie. Circé, c’est l’histoire d’une immortelle au cœur de mortelle. D’une femme condamnée à l’exil et qui voit passer les siècles dans sa solitude. Destinée à frôler d’illustres destins, elle les croise le temps d’un jour, une semaine… un grain de poussière dans son existence, avant de les voir partir loin d’elle. Et cela, ainsi de suite, jusqu’au jour où elle décide de se rebeller contre son destin.

Encore une fois, Madeline Miller insuffle l’humanité au cœur des mythes. Donne de la fragilité à ses personnages, les rendant un peu plus palpables. Elle dresse ainsi une belle galerie de portraits parmi les figures emblématiques du panthéon grec : Hélios, la personnification du Soleil, Hermès, le dieu si moqueur, Ulysse, le mortel aux mille ruses… C’est une belle découverte pour les novices de la mythologie, là où la route de Circé se mêle à de célèbres récits : le supplice de Prométhée, la métarmophose de la monstrueuse Scylla, la naissance du Minotaure, la fuite de Jason et Médée, l’arrivée d’Ulysse et ses compagnons… Si vous connaissez déjà ces récits, vous ne serez guère surpris, même si l’autrice parvient parfois à se les réapprorprier, d’un point de vue plus moderne, plus féministe. Enfin, elle apporte une conclusion satisfaisante à son héroïne éponyme, dont beaucoup ignorent le destin après son apparition dans l’Odyssée.

Malheureusement, un petit point noir est venu obscurcir mon avis. J’ai parfois eu du mal avec le caractère de Circé. Je la trouvais touchante dans sa jeunesse, trop tendre dans un monde d’immortels. Mais elle peine à évoluer au delà de ça pendant une grande partie du roman. Disons le simplement : elle se fait beaucoup marché sur les pieds dans la première moitié. Alors moi, qui ai toujours eu en tête une magicienne puissante et cruelle, je m’attendais à ce qu’elle se venge, qu’elle remette à sa place tous ceux qui lui ont causé du tort, en premier lieu sa famille. Sur ce point là, j’ai ressenti une certaine frustation, car ce sentiment exutoire ne vient jamais.

Autre reproche : on retombe dans certains clichés de la « femme forte » dans un monde d’hommes. Pour être puissante et cruelle, Circé doit souffrir. Le viol. La maternité. Si j’ai apprécié la relation qu’elle construit avec son fils, je me serais bien dispensée de la scène où elle est prise au piège dans sa propre demeure par des marins. Cette violence, même si elle n’est pas décrite explicitement, m’a dérangée. Je m’en serais bien passer, car elle sert de prétexte à excuser la manie de Circé de transformer les hommes en porcs. Une femme ne devrait pas avoir besoin de saigner pour s’épanouir. Elle ne devrait pas avoir à se justifier pour commettre le mal. Laissons-la être garce, méchante, cruelle. Le personnage de Pasiphaé, que l’on ne voit pas assez, est horrible comparée à Circé. Pourtant, elle est plus intéressante dans sa noirceur. Véritable victime dans le mythe originale, Pasiphaé devient ici bourreau. Pourquoi ? Pour pétrifier Circé dans une figure de sainte et la dédouner du reste ? Pourquoi inverser les caractères de ces soeurs ? Pourquoi ne pas assumer la part sombre du personnage si l’on choisit de lui consacrer un roman tout entier ? C’était selon moi, ce qui aurait fait tout son intérêt.

(J’ai partagé ces remarques avec mon amie Chloé lors de notre lecture commune. Je vous invite à lire sa chronique plus complète sur le sujet.)

Néanmoins, dans une existence solitaire, il existe des moments rares où une autre âme plonge tout près de la vôtre, comme les étoiles qui s’approchent de la terre une fois par an. Pour moi, il avait été ce genre de constellation-là.

Quant à la plume, elle reste concise, efficace. Dans sa simplicité, parfois peuplée d’images, elle est belle et touchante. Certes, je ne retiendrais pas autant de citations que dans Le Chant d’Achille, mais le peu que j’ai eu m’ont suffit. Elles m’ont bouleversée. Peut-être parce que Circé, par son destin, est une héroïne plus pudique. Pudique, certes, mais profondément humaine, ce qui fut son malheur avant d’être sa salvation. Si je regrette sa naïveté, sa trop grande douceur, je sais qu’elle saura certainement en toucher plus d’un. Car, après tout, je suis sûre qu’il y a en chacun de nous une part de sorcière…

D’autres avis sur Circé : Du côté de chez Cyan, Ilôt lecture, Ô grimoire !, Le blog de Yuko

5 réflexions au sujet de “Circé – Madeline Miller”

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