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La Fileuse d’argent – Naomi Novik : les destins de trois femmes au coeur des tourments de l’hiver

Bonjour tout le monde ! Je vous retrouve aujourd’hui pour vous parler de mon dernier coup de coeur. Il s’agit de La Fileuse d’argent de Naomi Novik. Ce n’est pas le premier roman que je lis de cette autrice, mais c’est sans aucun doute mon préféré. Je vais vous expliquer pourquoi.

Titre : La Fileuse d’argent (Spinning Silver en VO)

Autrice : Naomi Novik

Editeur : J’ai Lu

Pages : 542

Petite-fille et fille de prêteur, Miryem ne peut que constater l’échec de son père. Généreux avec ses clients mais réticent à leur réclamer son dû, il a dilapidé la dot de sa femme et mis la famille au bord de la faillite… jusqu’à ce que Miryem reprenne les choses en main. Endurcissant son coeur, elle parvient à récupérer leur capital et acquiert rapidement la réputation de pouvoir transformer l’argent en or. Mais, lorsque son talent attire l’attention du roi des Staryk – un peuple redoutable voisin de leur village -, le destin de la jeune femme bascule. Obligée de relever les défis du roi, elle découvre bientôt un secret qui pourrait tous les mettre en péril…

Miryem, jeune femme juive fille d’un prêteur, se retrouve malgré elle confronté à une terrible créature venant du froid. Celle-ci exige qu’elle change l’argent en or si elle veut survivre. Le destin de Miryem va également croiser celui de Wanda, une jeune paysanne, et Irina, une noble forcée d’épouser un monstre…

Ce roman, c’est ce que je croyais et espérais qu’Un Palais d’Epines et de Roses allait être, avant que cette saga ne me déçoive énormément. Selon moi, Naomi Novik a réussi là où Sarah J. Maas échoue avec sa réécriture de La Belle et la Bête. La Fileuse d’Argent est une réinterprétation (plus qu’une réécriture) du conte Tracassin (plus connu internationalement sous le titre Rumplestiltskin), où une jeune fille doit transformer la paille en or si elle ne veut pas se faire tuer par le roi. L’autrice y insuffle de la modernité et un monde parallèle à celui des humains, où les Staryk, créatures avatars des faës que l’on trouve de nos jours à toutes les sauces, représentent une menace aussi mystérieuse que glacée.

Ma mère était assez magicienne pour m’octroyer trois dons, ai-je dit, et il s’est instinctivement penché pour m’écouter. Le premier était la sagesse ; le deuxième, la beauté ; et le troisième… que ces talents passent inaperçus aux yeux des imbéciles.

L’histoire suit trois protagonistes féminins, chacune proposant ses forces et ses faiblesses et présentant un portrait de femme. J’ai trouvé judicieux la façon dont Naomi Novik propose différentes héroïnes qui, malgré leur personnalités et capacités différentes, parlent du même thème : trouver sa place dans un monde qui nous est hostile.

Ainsi, nous commençons le récit auprès de Miryem, issue d’une famille de prêteurs. De confession juive, la jeune fille et ses parents sont ostracisés par les villageois, qui refusent de rembourser leurs dettes. Miryem va donc prendre les choses en main en reprenant l’affaire de son père, obtenir ce qu’on lui doit et faire de son commerce une véritable réussite. Cet exploit va attiser la jalousie des autres, mais aussi l’intérêt du Roi Staryk. Ce dernier va lui demander l’impossible, mais Miryem, par son intelligence et sa persévérance, va relever défi après défi. J’ai eu un vrai coup de cœur pour ce personnage féminin déterminé, calculateur, tout en ayant un cœur et une générosité exemplaires. C’est le genre d’héroïne « forte » dans le vrai sens du terme. Pas une fille badass qui se bat et agit comme un homme. Non, une jeune femme qui agit avec et contre son temps, pour prouver sa valeur.

Au fur et à mesure de l’intrigue, nous rencontrons deux autres protagonistes. Tout d’abord Wanda, une jeune paysanne venue travailler pour la famille de Miryem afin de rembourser les dettes de son père alcoolique. Wanda et ses frères souffrent face à ce géniteur effroyable, toujours violent envers eux. Son parcours à elle sera de se libérer de ce carcan, de s’affranchir d’un père monstrueux. Quant à Irina, elle est à la fille d’un noble, peu appréciée à cause de visage pas assez joli et sa prétendue faiblesse. Mariée au tsar, un terrible monarque dissimulant un démon enflammé, elle devra survivre pour ne pas se faire dévorer par son époux. Elle aussi dévoile sa véritable force et son calme olympien. Stratège, réfléchie, elle sait placer ses pions pour survivre et garantir sa place au pouvoir, ainsi que la protection des siens.

Mon avis sur Déracinée de Naomi Novik

Un reproche que j’avais fait au roman Déracinée (de la même autrice) était la mauvaise gestion de l’histoire d’amour, que je trouvais inutile. Dans La Fileuse d’argent, les différentes histoires d’amour sont mieux amenées. Déjà, parce que Naomi Novik propose différentes formes d’amour : l’amour fraternel, entre Wanda et ses frères, l’amour filial entre Irina et la vieille nourrice qui l’a élevée comme sa fille. Il y a aussi l’amour pour la famille qu’on se choisit, celle d’adoption, celle qui nous vient en aide dans l’adversité et le besoin. Et pour la romance ? J’irai jusqu’à dire qu’il n’y en pas vraiment. On a là tous les ingrédients du trope du ennemies to lovers, pourtant l’autrice ne tombe pas dans les pièges qu’on y trouve souvent. C’est d’abord une progression vers le respect, puis une fois celui-ci gagné, vers la complicité. Il n’y a rien de concret et le roman nous offre une porte ouverte, suggérant que ces relations pourront aller plus loin à l’avenir, une fois la dernière page tournée. Et, avec toute la construction au préalable (sans tomber dans la toxicité que l’on retrouve hélas trop souvent dans d’autres œuvres), cela passe très bien. Je l’ai trouvé plus crédible.

Qu’importe que les faveurs n’existent pas dans leur langue, elles existaient dans leur cœur et leurs mains me l’avaient prouvé. C’était tout ce qui comptait à mes yeux.

Parlons un peu de l’univers, que j’ai adoré. Naomi Novik parvient à créer un monde inspiré des cultures slaves, une sorte de Moyen-Âge imaginaire où se glissent quelques éléments de fantasy. L’équilibre entre l’un et l’autre est parfait. J’ai apprécié la prise en compte de la judéité de Miryem, part intégrante de son personnage, sculptant sa vision du monde. Le système de magie est également très intéressant. Je ne veux pas trop en parler pour ne pas vous divulgâcher la façon très progressive et pertinente dont elle s’installe, mais disons simplement que l’importance des paroles et le sens qu’on leur donne son au cœur de ce système.

Le peuple des Staryk me fascinent. Présentés d’abord comme une menace surnaturelle, ces créatures (qui empruntent à la fois aux faës et aux Marcheurs Blancs du Trône de fer) sont des sortes de croque-mitaines peuplant les bois enneigés. Ils sont une présence fantomatique qui, peu à peu, s’installe dans le quotidien de l’héroïne. Dans un second temps, nous découvrons leur culture, leurs caractéristiques et leurs personnalités, un monde glacé presque palpable à travers les pages de ce roman. Je faisais tout à l’heure la comparaison avec Sarah J Maas, laissez-moi vous expliquer. Les faës de SJM ne sont pas une espèce à part, des créatures surnaturelles, des « autres ». Non, les seules différences avec des humains sont leur immortalité et leur oreilles pointues (et le fait qu’ils sont tous sexy et excités sexuellement 24h/24 mais bref, ce n’est pas le sujet). Alors que les Staryk de Novik possèdent cette altérité étrange, cette fascination presque dérangeante, qui les rend si intéressants.

Si je devais trouver d’éventuels défauts, je dirais que le roman prend son temps et cela pourrait déranger certains lecteurs. Le rythme est assez lent pour dresser le décor, les personnages, les enjeux. Outre les points de vue de Miryem, Wanda et Irinia, l’intrigue est également partagée entre d’autres personnages, le temps de quelques chapitres. Si j’ai apprécié ce parti-pris (permettant d’approfondir la psyché des personnages et les relations qu’ils entretiennent, ainsi que développer l’univers), j’ai vu certains retours négatifs concernant ce choix.

En se basant librement de l’histoire de Rumplestiltskin, Naomi Novik tisse donc un récit épique et glacial où brillent les destins de trois héroïnes qui, par leurs actions, peignent la force des femmes dans toute leur splendeur.

D’autres avis sur La Fileuse d’argent : Alice Neverland, Livresque78, Navigatrice de l’imaginaire, Le sentier des mots, Sometimes a book, Ibidouu, Les blablas de Tachan, Zoé prend la plume, La Geekosophe.

4 réflexions au sujet de “La Fileuse d’argent – Naomi Novik : les destins de trois femmes au coeur des tourments de l’hiver”

  1. Il est dans ma liste des livres à lire un jour depuis des lustres celui-là ! ^^ Une de nos lectrices, à ma bibliothèque (et qui me connaît bien, je lui conseille régulièrement des titres et vice-versa) me l’a chaudement recommandée. Ajouté à ton coup de coeur, je vais tâcher de me lancer dans sa lecture dans l’année ! 🙂
    (pour l’heure j’ai une PAL monstrueuse à écluser, et un certain roman qui m’attend ;))

    Aimé par 1 personne

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