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A Little in Love – Susan Fletcher : Les Misérables… du point de vue d’Eponine

Bonjour tout le monde ! Je vous retrouve aujourd’hui pour vous parler de ma dernière lecture VO. Il s’agit de A Little in Love de Susan Fletcher, une réécriture des Misérables du point de vue de l’un de ses personnages secondaires : Eponine Thenardier.

Titre : A Little in Love

Autrice : Susan Fletcher

Editeur : Chicken House

Pages : 270

As a young child Eponine never knew kindness, except once from her family’s kitchen slave, Cosette. When at sixteen the girls’ paths cross again and their circumstances are reversed, Eponine must decide what that friendship is worth, even though they’ve both fallen for the same boy. In the end, Eponine will sacrifice everything to keep true love alive.

Elle ouvrit lentement ses yeux où apparaissaient la sombre profondeur de la mort, et lui dit avec un accent dont la douceur semblait déjà venir d’un autre monde:

— Et puis tenez, monsieur Marius, je crois que j’étais un peu amoureuse de vous.

Elle essaya encore de sourire et expira.

De nombreux extraits me chamboulent dans Les Misérables et celui-ci en fait partie. Il s’agit de la mort d’Eponine, personnage secondaire et malheureux. Resituons un peu le destin de cette jeune fille parmi tous les misérables du roman. Eponine, c’est la fille ainée des Thénardier, ces aubergistes roublards et cruels qui exploitent la petite Cosette jusqu’à l’esclavage. Plus tard, Eponine sera la voisine de Marius. Pauvre, affamée, mais amoureuse de ce jeune homme qui semble être un soleil réconfortant dans l’hiver de sa vie. Mais Marius aime Cosette, cruelle ironie du sort. Alors Eponine deviendra le maillon manquant entre ses deux amants et elle devra choisir si elle veut être la messagère de leur amour… ou la messagère de la mort.

Cet extrait, c’est aussi celui que Susan Fletcher a choisi pour le titre de son roman, réécriture du célèbre classique du point de vue de la fille Thénardier. Roman qui, malheureusement, n’a toujours pas été traduit en français. A la lecture de cette œuvre, j’ai compris que l’autrice ne s’est pas seulement inspirée de l’Eponine de Victor Hugo, mais aussi de l’Eponine de Broadway. Je m’explique : Les Misérables ont été adaptés en comédie musicale en France en 1980 (rien que pour le fun, je vous conseille d’aller écouter quelques extraits, on a quand même Michel Sardou, Michel Delpech et Salvador Adamo en amis de l’ABC). Le spectacle a ensuite été repris à Londres où il est devenu un véritable succès, jusqu’à être l’une des comédies musicales les plus connues au monde (avec une adaptation en film sortie en 2012). Dans cette version, Eponine correspond davantage à « l’héroïne romantique » classique, celle qui fait les bons choix, qui se sacrifie par amour et demeure une bonne personne. Une version plus adoucie que l’adolescente imparfaite imaginée par Hugo. Susan Fletcher a également fait le choix de polir la caractère d’Eponine.

Mon avis sur la série Les Misérables (BBC)

A Little in Love, c’est un peu comme un fanfiction. Je ne dis pas ça de façon péjorative car il existe des fanfictions magnifiquement écrites et ce roman ferait partie de celle-là. Ce livre est comme ces récits de fans permettant de développer des aspects de l’univers ou des personnages restés en retrait dans l’intrigue principale. L’autrice offre à Eponine une voix, transformant le personnage secondaire en protagoniste, permettant de développer son histoire, sa psyché, ses relations. Pour cela, elle s’inspire du passé d’Eponine brièvement évoqué entre les lignes ou pendant les confidences qu’elle fait à Marius. Susan Fletcher met également en scène des interactions qu’il manquait : Eponine et Gavroche, son petit frère abandonné ; Eponine et Cosette, cette fille de son âge qui aurait pu être son amie ; Eponine et Azelma, sa sœur si semblable et différente à la fois. Fletcher comble les trous dans la vie de son héroïne et cela procure une certaine satisfaction.

Eponine, c’est mon personnage préféré des Misérables et l’une des figures qui m’a le plus marquée de ma vie de lectrice. Pourquoi cette affection pour un personnage plus que secondaire ? Car ce qu’elle incarne est si fort qu’il vous touche. Mais plus que ça, Eponine n’est pas une bonne personne. Ou plutôt, la vie ne lui a jamais laissé l’occasion de l’être. Et c’est cet aspect qui m’a toujours fascinée. Dans le roman de Victor Hugo, Eponine peut être égoïste et cruelle. Elle cache la lettre de Cosette pour la séparer de Marius. Jalouse, elle préfère mener Marius à sa mort plutôt que le laisser à sa rivale. Pourtant, quand celui-ci sera sur le point de se faire tuer, elle se placera devant lui pour se prendre la balle à sa place. En mourant dans ses bras, elle lui donnera la lettre de Cosette pour qu’ils soient heureux, révélant un côté sensible, touchant et qui fera de son personnage l’un des plus tragiques. Cette dualité est perdue dans la version de Fletcher et son Eponine a moins de profondeur. Elle agit toujours par bonté et, même si elle pleure sur son amour non réciproque, jamais elle ne sera tentée de nuire au bonheur de Marius quand elle comprendra qu’il réside en Cosette. C’est ce manque de nuance qui explique que A Little in Love n’a pas été un coup de cœur alors qu’il en avait tout le potentiel. Je déplore également certaines scènes manquantes ou changées par rapport au roman, mais le problème est lié à celui que je viens de décrire. Les dialogues piquants d’Eponine, touchants par leur sincérité, ont disparus. La scène où elle s’interpose à son père pour protéger la maison de Valjean et Cosette perd en intensité. Même la première rencontre avec Marius ressemble davantage à un archétype du Young Adult, catégorie à laquelle le roman correspond complètement.

Malgré cela, A Little in Love reste une excellente lecture. Mon avis est peut-être biaisé par mon attachement envers Eponine. Bien entendu, je connaissais la fin tragique de ce court roman. Pourtant, j’ai pleuré comme à chaque fois version. Par cette histoire d’amour non réciproque, cette tragédie d’une enfance perdue et de la pauvreté de ces misérables, Susan Fletcher parvient à faire d’Eponine une protagoniste attachante et moderne.

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