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Le Maître des Illusions – Donna Tartt : aux origines de la Dark Academia

Bonjour tout le monde ! Je vou retrouve aujourd’hui pour vous parler de ma dernière lecture. Il s’agit du Maître des Illusions, best-seller américain signé par Donna Tartt. Un énorme pavé que j’ai dévoré.

Titre : Le Maître des Illusions (The Secret History en VO)

Autrice : Donna Tart

Editeur : Pocket

Pages : 789

En décrochant une bourse à l’université de Hampden, dans le Vermont, Richard Papen ne laisse pas grand chose derrière lui : la Californie, qui lui déplaît ; son adolescence, faite de souvenirs incolores ; et ses parents, avec qui il ne s’entend pas. Hampden est une porte de sortie inespérée, l’opportunité de vivre une nouvelle vie. Passées quelques semaines, il est bientôt attiré par un professeur atypique, Julian Morrow, esthète capricieux qui enseigne les lettres classiques à cinq étudiants apparemment très liés. Contre l’avis de ses professeurs, il tente de s’introduire dans le groupe de ces jeunes gens marginaux sur qui courent les plus folles rumeurs. Et il est loin d’imaginer ce que lui coûtera sa curiosité.

Voilà longtemps que je voulais découvrir le genre de la Dark Academia et il me semblait évident de commencer par le roman qui était aux origines de toute cette esthétique. Publié en 1992, Le Maître des Illusions a inspiré cette ambiance universitaire, cette atmosphère en dehors du temps, cet attrait pour les arts et la mythologie et, bien entendu, ce mystère macabre autour d’un meurtre. Sorte de tragédie dans un campus du Vermont, le roman de Donna Tartt a trouvé des héritiers comme La Neuvième Maison de Leigh Bardugo et If we were vilains de M.L Rio. Pour en savoir plus sur la Dark Academia, je vous renvoie vers ce super article de Lire Land.

Le narrateur est Richard, un jeune homme venu de Californie, mal aimé par ses parents. Il vient tenter sa chance dans l’université de Hamden, désireux de fuir une vie qui ne lui convient pas. C’est par ses yeux que nous allons découvrir ce microcosme si particulier, ce club secret dans lequel il va réussir à s’immiscer. Certes, Richard n’est pas le personnage le plus fascinant du roman, car contrairement aux autres et leur part de mystère, nous avons accès à toutes ses pensées. Il reste le type normal à qui l’on peut s’identifier, banal à première vue, mais qui se révèle imparfait : opportuniste, un côté menteur… Il n’est ni bon, ni mauvais, ses choix sont discutables, mais à travers lui le lecteur se trouvera fasciné par cette élite snob et intouchable. Richard n’est pas un narrateur fiable, perturbé par cet attrait envers ses camarades, qui influence subtilement l’avis du lecteur sur les acteurs de cette tragédie moderne.

Les morts nous apparaissent en rêve, disait Julian, parce que c’est leur seule manière de se faire voir ; ce que nous voyons n’est qu’une projection, dirigée de très loin, la lumière nous provenant d’une étoile éteinte …

Parlons-en de ces personnages, véritables protagonistes comparés à Richard, qui n’est qu’un spectateur de ce drame en deux parties. Ils sont cinq : Henry, Bunny, Francis et les jumeaux Charles et Camilla. Ensemble, ils composent la classe de grec ancien dirigé par Julian Morrow, professeur aussi excentrique que passionné, refusant de prendre davantage d’élèves. Le pari de l’autrice était risqué, car ces personnages ne sont pas de bonnes personnes (à part Francis, auquel je me suis réellement attachée). Ils sont tous imparfaits, égoïstes, dans leur monde à part entière, une couche dorée sous laquelle grouille la vermine. On les déteste comme on les admire, comme Richard fasciné malgré lui jusqu’à protéger l’indicible. Deux personnalités se distinguent : Henry, l’intellectuel snob et stoïque, leader du groupe et insondable (même si je lui soupçonne un petit côté sociopathe) et Bunny, celui qui regroupe tous les défauts (pique-assiette, sexiste, raciste et homophobe). Alors, pourquoi lire un roman dépeignant des êtres aussi antipathiques ? Pour la personnalité, terriblement réaliste, que leur donne Donna Tartt. Des Bunny, il en existe vraiment et nous en avons tous rencontrés un au moins une fois dans notre vie. Aucun d’eux n’est un cliché et leur psyché si originale et palpable m’a marquée, quitte à venir me hanter en dehors de ma lecture. On les déteste comme on les admire, on craint pour eux comme on les maudit. Une réussite.

C’est ainsi qu’il mourut, et toute la vie jaillit de son corps ; et en mourant il m’éclaboussa d’une sombre et violente pluie de sang au goût amer pour me réjouir, de même que les jardins se tiennent glorieusement sous les averses divines à la naissance des bourgeons.

Face à un tel pavé, j’aurais pu prendre peur, mais l’intrigue est conçue d’une telle façon que les pages s’enchainaient sans que je puisse l’en empêcher. C’est simple : je ne pouvais pas le reposer. Habituellement, je préfère les chapitres pas trop longs, pourtant ceux-ci (pour certains d’une centaine de pages) se dévoraient tant l’histoire était addictive. Donna Tartt a fait en sorte que la tension ne retombe à aucun moment. L’autre particularité du roman, c’est sa construction en tant que mystère inversé. Dès les premières pages, on sait qu’un meurtre a eu lieu, qu’un des personnages a été tué par les autres membres de la classe. La première partie est un retour en arrière qui montre comment ils en sont en arrivé là, la seconde dépeint l’après et les conséquences psychologiques qu’un tel acte peut avoir sur les meurtriers.

Certes, le roman n’est pas exempt de quelques défauts. Une petite longueur dans le chapitre de l’enterrement, un personnage féminin (Camilla) qui mériterait d’être davantage développé comme le sont ses camarades masculins (mais comme le narrateur, Richard, est un homme, cela explique aussi que la façon dont il la perçoit est biaisée). L’omniprésence de l’alcool, le tabac et les drogues pourraient gêner des lecteurs. Je m’attendais également à ce que Julian, le fameux professeur à l’origine de tout, ait un rôle plus important, puisque c’est un personnage mystérieux, insondable et suspect. Quelle personne normale va former un groupe aussi minuscule qu’élitiste, les couper du monde et les pousser dans certains vices sous prétexte de la beauté ? C’est d’ailleurs l’un des thèmes majeurs de cette œuvre, cette phrase que l’éditeur français à choisi de mettre en avant sur la couverture : « Les choses terribles et sanglantes sont parfois les plus belles… ». La plume de l’autrice a cette façon de mêler le sublime au morbide, d’un cynisme au goût amer de l’alcool et de la culpabilité. Et pour moi, ce cocktail était étrangement délicieux.  

D’autres avis sur Le Maître des Illusions : Margaud Liseuse, Livres des peuples, Lemon June

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