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La Niréide – Fabien Clavel : le digne successeur des épopées antiques ?

Bonjour tout le monde ! Je vous retrouve aujourd’hui pour vous parler de ma dernière lecture : La Niréide de Fabien Clavel.

Titre : La Niréide

Auteur : Fabien Clavel

Editeur : Mnemos

Pages : 420

Troie brûle. Les guerriers grecs, vainqueurs, reprennent leurs navires.

Parmi eux se trouve le prince Niréus de Symé. Arrivé très jeune à la guerre, il en revient balafré et dégoûté par les combats. Il ne demande plus qu’à retrouver sa petite île, comme l’Ithaque d’Ulysse. Cependant, sa propre odyssée ne sera pas de tout repos. Sous l’œil des dieux olympiens, il va errer longtemps en Méditerranée, affrontant Amazones, Gorgones et Telchines, dans un périple qui l’emmènera jusqu’aux Enfers.

La Niréide, c’est un roman qui avait tout pour me plaire. Dès la couverture, j’ai été attirée par cette esthétique gréco-romaine. En librairie, je me suis arrêtée dessus pour découvrir son résumé. L’œuvre est vendue comme une seconde Odyssée et j’ai compris la volonté de réécrire cette dernière. Fabien Clavel a choisi Nirée, un personnage tertiaire de l’Iliade, pour en faire son héros (qu’il rebaptise Niréus). Comme Ulysse chez Homère et Enée chez Virgile, il nous conte son périple à la recherche d’un foyer, ancien ou nouveau. Un concept qui m’a séduite, étant fan de mythologie grecque et de ses épopées épiques.

Les premiers paragraphes m’ont enchantée. Le narrateur s’exprime à la manière d’Homère, s’adressant aux Dieux, utilisant des formules bien connues comme « l’aube aux doigts de rose ». Puis, le soufflé est retombé. Le style redevient simple en comparaison à l’incipit. Trop simple même. Que ce soit la plume, les personnages et leur caractérisation, j’avais l’impression d’être face à un roman jeunesse (ce que je ne comprenais pas, car le roman n’est pas publié chez Naos, la collection jeunesse de l’éditeur). Le résumé m’avait fait attendre à un récit épique, je me retrouvais avec un héros assez classique et des compagnons qui se greffaient à son aventure. Compagnons sans réelles profondeurs, dignes d’un personnage secondaire de dessin animé qu’on pouvait décrire simplement ainsi : le poète aveugle, le jeune satyre, la guerrière farouche, l’esclave superficielle. Rien de mauvais en soi pour un roman jeunesse, mais un peu décevant quand on pensait s’aventurer dans une fantasy adulte. Après m’être renseignée, je me suis alors perçue que La Niréide était d’abord une trilogie jeunesse publiée en 2007, dont Fabien Clavel n’avait jamais pu écrire le troisième tome. Des années après, il lui redonne vie en lui offrant enfin sa conclusion, réunissant le tout dans un tome unique (nommé Niréide, comme Enée donne l’Enéide et Ulysse (Odysseus) donne l’Odyssée). L’auteur explique tout cela en postface, j’aurais aimé être prévenue en préface. En tout cas, vous l’êtes maintenant.

(A noter que le roman vient tout juste d’être sélectionné pour le prix Elbakin dans la sélection Adulte.Du coup, je ne comprends plus rien ^^’ Je me demande si un lectorat adulte trouvera son compte, car perso ça m’a laissé un sentiment de frustration).

Une fois que j’ai compris le public cible, j’ai pu adapter mes attentes. Je dois avouer que c’est un roman que j’aurais adoré découvrir plus jeune. On sent la passion de l’auteur pour la mythologie grecque (il a écrit d’autres romans jeunesse sur ce thème), ce qui donne un côté ludique à la lecture : on va croiser des figures connues, héros comme dieux (ceux-ci ont d’ailleurs une intrigue en parallèle avec celle de Niréus). Certains personnages nous racontent des mythes grecques. Le voyage du héros va le porter vers des territoires familiers (le royaume des Amazones, Ithaque, les Enfers…). Comme l’intrigue se construit en parallèle de l’Odyssée et l’Enéide, comme une troisième suite à l’Iliade, attendez-vous à de nombreuses références, comme si le roman de Fabien Clavel servait de passerelle entre ces œuvres. Je tiens à souligner quelques ajouts et réinventions très intelligents et certains petits twists bien amenés. Un joli hommage !

Niréus se distingue des héros traditionnels. S’il est presque aussi beau qu’Achille, il ne poursuit pas ses rêves de grandeur. S’il voyage comme Ulysse, il n’est pas aussi rusé que lui. Niréus, c’est un peu un protagoniste malgré lui, un prince propulsé devant les remparts de Troie alors qu’il quittait à peine l’enfance. Dix ans plus tard, que reste-t-il de lui ? Défiguré, meurtri par les horreurs de la guerre (parfois commises par ses propres soldats), il n’aspire qu’à retrouver le repos sur son île natale. Mais le destin en a décidé autrement. Et les Dieux, dans leur désintérêt et leurs conflits, finiront par dégouter le jeune prince… Niréus est loin d’être parfait. Pour être franche, je l’ai peu apprécié car certains traits de sa personnalité m’insupportaient. Il peut se montrer têtu et arrogant, pétri d’orgueil. Heureusement, ces défauts sont reconnus par les autres personnages. La narration ne prétend jamais le contraire.

Mais ce point est lié à un autre de mes reproches : la relation de Niréus avec les personnages féminins. Il ne les voient qu’à travers leur physique, rien de plus. Que ce soient les déesses qu’ils croisent ou même Rhomé la guerrière qui l’accompagne, il ne les voit qu’à travers son attirance sexuelle envers elles (rien d’explicite bien sûr, puisque côté jeunesse). Rhomé a beau être le perso féminin le plus intéressant, même elle tombe dedans : Niréus pourrait l’apprécier pour ses talents au combat, mais non il ne le fait que pour sa beauté. Son arc narratif (un des seuls travaillés chez les persos féminins) retombe pour qu’elle s’adoucisse et tombe amoureuse du héros, quitte à entrer en contradiction totale avec ses motivations profondes. Quant aux autres, ce sont des séductrices, des empoisonneuses, des épouses volages… Ne parlons pas d’Alexiares, la belle esclave plantureuse hyper superficielle (elle passe son temps à chouiner, râler et protester car elle ne peut pas emporter toutes ses robes et bijoux. Vous voyez le genre ?). Attention ! Niréus la méprise pour cela, mais il la désire tout de même, presque malgré lui. Quand on connait le passé d’Alexiarès et les capacités qu’elle devrait avoir, ça énerve. Dans l’ensemble, la représentation des femmes est assez datée et j’aurais aimé que cet aspect soit corrigé dans la nouvelle édition.

Heureusement, la troisième partie (écrite plus récemment) vient redresser le tout. Sans elle, je ne sais pas si j’aurais pu pardonner le défaut précédent. Entre temps, Fabien Clavel a mûri et cela se sent. Dans sa plume, d’abord. Dans le ton, plus sombre (là, oui, on pourrait peut-être placer cette dernière partie en adulte). Dans la construction des personnages, plus profonde. Alexiares quitte le cliché de la femme luxure pour celui de la mère, mais la relation qui se crée m’a attendrie. La conclusion aux Enfers est une nouvelle fois pleine de clins d’œil et de trouvailles intelligentes (je pense à celui sur le prénom de Rhomé et une certaine ville). L’auteur parvient à faire le lien avec le premier tome rédigé bien plus tôt. Je pense que cette fin laissera les lecteurs satisfaits après avoir voyagé auprès de Niréus et ses compagnons pendant toutes ces pages.

D’autres avis sur La Niréide : Au pays des cave trolls, Les Blablas de Tachan, La Geekosophe, Maude Elyther

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5 réflexions au sujet de “La Niréide – Fabien Clavel : le digne successeur des épopées antiques ?”

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