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Le Prieuré de l’Oranger – Samantha Shannon : fantasy épique et saphique

Bonjour tout le monde ! Je vous retrouve aujourd’hui pour vous parler du Prieuré de l’Oranger de Samantha Shannon. Cette lecture s’inscrit dans la catégorie Deux citrouilles en valent mieux qu’une de mon Pumpkin Autumn Challenge.

Titre : Le Prieuré de l’Oranger (The Priory of the Orange Tree)

Autrice : Samantha Shannon

Editeur : De Saxus

Pages : 958

Un monde divisé. Un reinaume sans héritière. Un ancien ennemi s’éveille. La maison Berethnet règne sur l’Inys depuis près de mille ans. La reine Sabran IX qui rechigne à se marier doit absolument donner naissance à une héritière pour protéger son reinaume de la destruction, mais des assassins se rapprochent d’elle… Ead Duryan est une marginale à la cour. Servante de la reine en apparence, elle appartient à une société secrète de mages.
Sa mission est de protéger Sabran à tout prix, même si l’usage d’une magie interdite s’impose pour cela. De l’autre côté de l’Abysse, Tané s’est entraînée toute sa vie pour devenir une dragonnière et chevaucher les plus impressionnantes créatures que le monde ait connues. Elle va cependant devoir faire un choix qui pourrait bouleverser son existence. Pendant que l’Est et l’Ouest continuent de se diviser un peu plus chaque jour, les sombres forces du chaos s’éveillent d’un long sommeil…
Bientôt, l’humanité devra s’unir si elle veut survivre à la plus grande des menaces.

Vous aimez la fantasy épique ? Les dragons ? Les personnages féminins forts et intéressants ? Vous en avez assez de l’imaginaire hétéronormé et chercher de la bonne représentation LGBT ? Alors Le Prieuré de l’Oranger est sûrement fait pour vous. Dans un univers d’inspiration médiévale/renaissance, le monde est divisé entre l’Ouest et l’Est. L’Est vénère les Dragons comme des dieux sur Terre, allant même jusqu’à les chevaucher. L’Ouest les appelle les « wyrm » et les considère comme de terribles ennemis. Cette différence fondamentale sépare depuis de siècles ces deux régions du monde, pourtant un danger commun les menace : le retour du Sans-Nom, terrible Mal scellé il y a un millénaire. Tout repose sur la Reine Sabran, descendante du Saint ayant vaincu cette menace. Tant que sa lignée vivra (la reine doit donc avoir héritière et surtout rester en vie), le Sans-Nom sera scellé. Pourtant, les attaques de wyrms sont de plus en plus fréquentes et les signes annonçant le retour de l’Ennemi s’accumulent… Sabran arrivera-t-elle à protéger son monde ?

En voilà un beau pavé ! Presque 1 000 pages. Je vous avoue que sa taille me faisait un peu peur et j’avais vu certains lecteurs se plaindre d’une intrigue mettant du temps à se mettre en place. Cela explique pourquoi il est resté aussi longtemps dans ma PAL alors que je désirais vraiment le découvrir (ne laissez pas la phrase précédente vous trompez : j’ai dans l’ensemble entendu beaucoup de bien sur ce livre). J’ai donc profiter de la tenue du Pumpkin Autumn Challenge et mes de vacances (enfin le temps de m’y consacrer pleinement) pour m’y plonger.

Quand l’histoire est incapable de déterminer la vérité, les mythes se chargent d’inventer la leur.

Premier point pour vous rassurer : je n’ai eu aucun problème au niveau du rythme. Personnellement, j’ai tout de suite était happée par l’histoire, même si, je le reconnais, la véritable action prend un peu de temps à se mettre en place. Ne vous attendez pas à être dans du combat épique dès les premières pages. L’autrice s’applique d’abord à poser le contexte, les personnages et les différents pays dans lesquels ils évoluent, ainsi que les problématiques qui les accompagnent. J’ai dévoré ce livre, sans jamais m’ennuyer une seconde.

La construction de l’univers est impressionnante. Comme je vous le disais plus haut, c’est de la fantasy épique inspirée de différentes mythologies, un monde divisé entre l’Ouest et l’Est. Et bien sûr, il y a des dragons. D’un côté, nos dragons européens cracheurs de feu (l’ennemi), de l’autre les dragons asiatiques cracheurs d’eau (les alliées). J’ai beaucoup aimé la confrontation de ces deux versions d’une même créature. On reconnait les influences de l’autrice, notamment dans la légende arthurienne, mais surtout dans celle de Saint-Georges contre le Dragon, qu’elle a ici féminisé. Car le monde du Prieuré n’est pas parasité par le sexisme et l’homophobie, ce que j’apprécie grandement. (Je considère que lorsqu’un auteur peut créer un monde de toutes pièces, il est gros facile de reproduire les vices de notre société.  Si tu peux écrire des dragons, alors tu peux écrire une histoire où les femmes sont traitées comme l’égale des hommes). Inys est donc un Reinaume avec une lignée de souveraines héréditaires. De nombreux personnages féminins ont des places de pouvoir, d’ailleurs la plupart du casting est composées de femmes (autant comme protagonistes que comme antagonistes).

Cependant, j’ai quelques réserves sur un point (ce qui explique pourquoi cette lecture n’a pas été un coup de cœur). Si ce roman est classé en fantasy adulte, je trouve qu’il frôle le Young Adult à cause de ses facilités scénaristiques. Je m’explique. Si des têtes tombent au cours de l’intrigue, cela concerne des personnages secondaires. Je n’ai jamais été inquiétée du sort de nos protagonistes car la plupart du temps lorsqu’ils rencontrent un problème, celui-ci est résolu assez rapidement les pages suivantes. Un personnage malade et seul est perdu dans le désert ? Aucun souci ! Une créature sortie de nulle part, avec aucun moyen de savoir qu’il était là, le trouve, le sauve et l’emmène exactement là où il avait besoin d’aller. Une quête d’objets magique est rapidement résolue par un hasard beaucoup trop énorme pour être crédible (comment ça, dans un monde aussi vaste, comme par hasard ces deux personnages se croisent à ce moment-là et se mettent presque aussitôt sur la même longueur d’onde ? j’ai un peu décrocher à ce passage tant cela me paraissait artificiel). La gestion du temps est parfois discutable (un peu comme dans les dernières saisons de Game of Thrones pour ceux qui auront la référence). Comment ça, un personnage traverse un continent tout entier aussi rapidement ? On a l’impression que cela se fait en deux jours grand max, ce qui rend l’échelle des distances très confuses. Enfin, j’ai été un peu déçue du climax. En soit, il n’est pas si mal, mais la confrontation finale semble rapide par rapport à tout ce qui a été construit pour mener jusqu’à elle. Genre, on a plus de 800 pages où les enjeux se nouent et la tension monte, pour que tout soit résolu en une cinquantaine de page, puis après on a les chapitres de conclusion. Certains ennemis sont vaincus trop rapidement et cela laisse une impression de « tout ça pour ça » ?

Te souviens-tu de la première fois où nous nous sommes promenées ensemble ? Tu m’avais parlé du geai d’amour, qui se rappelle toute sa vie le chant de son partenaire, même s’ils sont longtemps séparés. Mon coeur connaît ton chant, et il en va de même pour le tien. Je te reviendrai toujours.

Je voulais terminer sur les personnages. L’intrigue est repartie en quatre points de vue : Ead, magicienne protégeant en secret la reine Sabran ; Loth, noble d’Inys envoyé dans une mission secrète et dangereuse ; Niclays, un Alchimiste envoyé en exil à l’Est ; et enfin Tané, dragonnière en devenir dont un choix va bousculer sa vie pour toujours… Disons-le tout de suite : des quatre, j’ai trouvé que l’intrigue de Loth était la moins palpitante. Il s’en passe des choses, mais le personnage demeure assez « lisse ». En comparaison Niclays, par son passé et son caractère difficile, a beaucoup plus de relief. Certes, il est pétri de défauts et commet de nombreuses erreurs, mais c’est ce qu’il le rend si intéressant (j’ai adoré son histoire d’amour avec Jannart). Et c’est cool d’avoir un personnage principal de 60 ans ! Dans le même genre, j’ai vraiment apprécié Sabran. Même si elle peut parfois se montrer tête à claques et pétrie d’orgueil, c’est un personnage extrêmement fort dans son caractère et toutes les épreuves qu’elle endure. Belle réflexion sur le pouvoir et la religion, c’est une femme capable de se remettre en question, de déconstruire les dogmes dans lesquels elle a grandi toute sa vie, ce qui lui offre la plus belle évolution du roman.

Ead est un personnage très intéressant à suivre, mais elle n’a pas ma préférence. Bien qu’elle soit très bien écrite, je l’ai trouvé trop « parfaite ». Elle ne fait jamais d’erreur, triomphe toujours de l’ennemi avec facilité et se trouve toujours du bon côté de la morale, sans jamais se remettre en question. Une figure héroïque trop classique à mon goût. Je lui préfère donc Tané qui échoue plusieurs fois dans son arc narratif, se relève et apprend de ses erreurs qu’elle assume. Si Tané est aussi douée qu’Ead, elle va davantage évoluer que celle-ci. J’ai adoré sa relation avec sa dragonne. Je voulais aussi souligner la romance saphique présente dans ce roman. Moi qui ne suis pas une grande romantique et qui n’est pas dérangé par l’absence d’histoire d’amour, j’ai trouvé celle-ci très bien amenée, sans jamais prendre le pas sur l’intrigue principale. La relation est naturelle et touchante et c’est génial de voir un couple lesbien mis en avant dans un aussi gros titre de fantasy.

D’autres avis sur Le Prieuré de l’Oranger : Les Blablas de Tachan, Madame Point-Virgule, Ma Lecturothèque, Sometimes a book, Lectures de Clem

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3 réflexions au sujet de “Le Prieuré de l’Oranger – Samantha Shannon : fantasy épique et saphique”

  1. Je vois ce que tu veux dire par l’aspect YA du récit et je te rejoins là-dessus.
    Pour ce qui est de la romance, pour une fois qu’il y avait un couple lesbien dans un roman de fantasy (qui en prime a eu son succès), j’étais déçue de la conclusion (je ne me souviens plus vraiment mais il y a une sorte de promesse pour « dans super longtemps » et ça ne m’a donc pas satisfaite ; je comprends les raisons, les conséquences… mais je suis tout de même déçue que ça ne finisse pas bien dans l’immédiat pour ce couple). Mais je sais que beaucoup ont apprécié et je comprends qu’on aime cette fin ^^

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  2. Un pavé qui m’attire depuis longtemps, mais vu la taille et celle de ma PAL, j’attendrai avant de l’emprunter à ma bibliothèque ! (mais je le laisse en bonne place sur ma liste, vu ton retour)

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