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La Nuit du Faune – Romain Lucazeau : comment passer à côté d’une oeuvre

Bonjour tout le monde ! Je vous retrouve aujourd’hui pour vous parler de ma dernière lecture. Il s’agit d’un roman de science-fiction de Romain Lucazeau intitulé La Nuit du Faune.

Titre : La Nuit du Faune

Auteur : Romain Lucazeau

Editeur : Albin Michel Imaginaire

Pages : 250

Au sommet d’une montagne vit une petite fille nommée Astrée, avec pour seule compagnie de vieilles machines silencieuses. Un après-midi, elle est dérangée par l’apparition inopinée d’un faune en quête de gloire et de savoir. Le faune veut appréhender le destin qui attend sa race primitive. Astrée, pour sa part, est consumée d’un ennui mortel, face à un cosmos que sa science a privé de toute profondeur et de toute poésie. Et sous son apparence d’enfant, se cache une très ancienne créature, dernière représentante d’un peuple disparu, aux pouvoirs considérables. À la nuit tombée, tous deux entreprennent un voyage intersidéral, du Système solaire jusqu’au centre de la Voie lactée, et plus loin encore, à la rencontre de civilisations et de formes de vies inimaginables.

Il y a certains romans dont il est difficile de parler, de trouver les mots justes pour les caractériser. La Nuit du Faune fait partie de ceux-là. Je ne compte pas lui donner de note tout simplement parce que je ne me sens pas légitime à le faire : ce roman n’était pas pour moi, je n’ai pas pu l’apprécier à sa juste valeur, mais cela n’enlève rien à sa qualité.

Je ne sais plus comment j’ai découvert cette œuvre. Tout ce que je me souviens, c’était ce qu’avait éveillé en moi la lecture du résumé. Tout de suite, j’ai reconnu un mélange entre une science-fiction philosophique et un mystique emprunté à la mythologie grecque (les noms des personnages, la présence d’un faune). Ce choix m’a attirée, je l’ai enfin découvert. Si je devais faire une comparaison un peu simpliste, je parlerai de La Nuit du Faune comme un Petit Prince d’un niveau supérieur, pas en qualité, mais en exigence scientifique. Le récit commence comme un conte : Astrée, petite fille millénaire vivant seule en haut de sa montagne, reçoit la visite du faune Polémas, venu l’interroger sur le sort de son peuple. Ensemble, ils vont entreprendre un voyage à travers le cosmos pour rencontrer d’autres peuplades et leurs destins… Comme le petit prince voyage de planète en planète, Astrée et Polémas vont rencontrer d’autres cultures dans ce récit à la portée philosophique.

Celui qui sait ne fait surtout rien. La vérité du monde demeure cachée à la plupart, car elle est insupportable à la vie.

D’emblée, Astrée prévient Polémas : parfois, obtenir des réponses n’est pas la solution. Détenir la vérité de tout un peuple, son avenir divin ou funeste, est un poids difficile à porter. C’est également ce que j’ai ressenti à travers ma lecture, au gré des rencontres avec ces êtres cosmiques peuplant l’univers, du système solaire jusqu’aux confins de la Voie Lactée. Dans ma lecture, je me suis sentie toute petite face à l’immensité de l’espace et du temps. Durant l’odyssée d’Astrée et Polémas, les années-lumière défilent, les millénaires s’écoulent comme une poignée de secondes. Nous rencontrons des êtres si immenses que notre esprit peut à peine les concevoir. Il y a quelque chose de lovecraftien dans certaines de ces créatures, un aspect terrifiant par leur ampleur vertigineuse juste avant d’être détrônée par un être plus impressionnant encore.

C’est peut-être pour cela que j’ai eu du mal à m’attacher aux personnages, tant ils me semblent loin de moi par leur nature. Même Astrée, avec son apparence enfantine, est en réalité une déesse immortelle et détachée du temps. Finalement, le faune Polémas, malgré sa nature animale, nous est le plus proche, car il n’est encore qu’un petit être naïf dans l’immensité de l’espace-temps, un peu comme nous. J’ai beaucoup aimé la relation touchante qu’il noue avec Astrée, la vision que chacun d’eux pose sur les événements dont ils sont témoins. Par leur voyage, l’auteur s’attarde sur le passé et l’avenir de l’humanité, à travers des thèmes poignants propres à la science-fiction : le danger de l’immortalité, l’évolution d’une espèce biologique en espèce mécanique, l’extinction de masse, l’esclavage, le paradis erroné d’une intelligence artificielle, les guerres intergalactiques… Pourtant, malgré ces futurs peu reluisants, Romain Lucazeau ne tombe jamais dans le pessimisme. Au contraire, j’ai beaucoup aimé la tonalité prise par la fin du roman.

Il est né d’hier et retournera à la poussière dans quelques instants, et nous, nous demeurons, fossiles vivants, traces de ce qui aurait pu être.

Ce roman demande au lecteur de s’impliquer. Beaucoup. Clairement, je n’avais pas tous les codes pour m’immerger entièrement dans cette intrigue dont je percevais pourtant la beauté. La plume est belle et élaborée, parfois trop. Certains passages m’étaient inaccessibles, tant par le fond que par la forme, et j’avais beau les relire, je n’arriverais pas à les comprendre pleinement. C’est donc une lecture exigeante qui vous demandera de vous accrocher. A cause de cela, je suis passée à côté de nombreux passages, ayant parfois du mal à rester captivée par le texte. La dernière tirade, longue parabole sur la guerre et la destruction, m’a complétement perdue.  

Je pense toutefois que ce roman plaira aux amateurs de SF et qu’il a le potentiel de devenir un classique français dans ce genre. Le peu que j’ai saisi (notamment la réflexion sur l’avenir d’une civilisation) m’a fait réfléchir sur notre condition humaine et je pense que c’était le but poursuivi par l’auteur. A vous de le tenter, donc. Un roman difficile à aborder mais qui, pour ceux ayant les clés, trouvera sûrement sa place dans vos bibliothèques.  

D’autres avis sur La Nuit du Faune : Carolivre, Les Blablas de Tachan, Maude Ellyther, Les histoires de Lullaby, La Geekosophe.

4 réflexions au sujet de “La Nuit du Faune – Romain Lucazeau : comment passer à côté d’une oeuvre”

  1. Je te rejoins sur ton avis ! C’est une lecture exigeante, qui peut frustrer si on n’a pas toutes les clés, et qui fait se sentir tout(e) petit(e). Mais qui a l’étoffe d’un grand classique !
    (merci pour le lien !)

    Aimé par 1 personne

  2. Hum. C’est exactement pour ça que je n’ose pas commencer ce livre. En tout cas pas tout de suite. il me faut un cerveau complètement tourné vers cette lecture pour que je puisse en saisir toutes les beautés et la portée. Si je le lisais maintenant, ce serait du gâchis…

    Aimé par 1 personne

    1. Je pense que j’étais encore trop novice en SF pour le commencer. Le résumé me faisait penser à un aspect conte mythologique, mais finalement l’aspect scientifique est très poussé dans certains passages. Même si je n’avais pas les clés pour saisir toutes les dimensions de ce roman, ça restera une lecture marquante.

      Aimé par 1 personne

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