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Le dernier chant d’Orphée – Robert Silverberg : réécriture épique ou concentré sans saveur ?

Bonjour tout le monde ! Je vous retrouve aujourd’hui pour vous parler de ma dernière lecture : il s’agit du Dernier chant d’Orphée de Robert Silverberg, publié chez Hélios. Vous me connaissez maintenant et savez à quel point la mythologie grecque compte pour moi. C’est l’une des raisons pourquoi j’attendais beaucoup (trop) de ce roman.

Titre : Le dernier chant d’Orphée

Auteur : Robert Silverberg

Editeur : Hélios (ActusSF)

Pages : 162

On dit qu’il pouvait, par son chant, charmer les animaux et les arbres, sa voix fit chavirer les sirènes elles-mêmes. Mais son coeur appartenait à Eurydice, et lorsque la mort vint la lui ravir, Orphée se présenta aux portes des enfers, armé de sa seule lyre, afin de reprendre à Hadès l’âme de sa bien-aimée.

Passionnée par la mythologie grecque, je me suis jetée sur ce roman quand je l’ai aperçu dans les rayons de ma médiathèque. Une « réécriture épique du mythe d’Orphée » comme l’indique la 4e de couverture, voilà une promesse alléchante ! De plus, j’avais lu récemment Eurydice déchainée de Melchior Ascaride, une très bonne réinvention de cette histoire, et je voulais poursuivre dans cette voie, cette fois du point de vue d’Orphée. Je ne connaissais pas Robert Silverberg, mais il était vendu ici comme un « maître de la science-fiction ». Alors, naïvement, je m’attendais à un drame dans l’espace, une réécriture moderne et technologique, un Mont Olympe revisité à la sauce space opéra… Bref, tout sauf le fade réchauffé que j’ai trouvé.

Je vais être claire : je ne vois pas l’intérêt de ce roman. Je ne vois pas ce qu’il apporte de neuf, encore moins ce qu’il invente. C’est à peine une réécriture, et « épique » elle ne l’est pas. L’auteur se contente de conter la vie d’Orphée telle qu’on la connait. En soi, ce n’est pas un crime, d’autres l’ont fait avant lui. Je pense bien sur à la talentueuse Madeline Miller avec son Chant d’Achille et sa Circé. Comme Miller, Silverberg choisit de faire de son protagoniste le narrateur de sa propre histoire. Mais à la différence de la romancière qui humanise ses personnages, plonge dans leur psyché, leurs passions et leurs tourments pour combler les failles des mythes, cet Orphée là reste détaché de son récit, comme à l’extérieur de sa propre vie, si bien que je ne ressentais absolument rien.

Il est écrit que je dois à jamais revivre mon passé, lequel ne se distingue pas de mon futur, tous deux constituant un présent éternel. Je vis, je meurs, et je vis à nouveau, et je meurs encore, et il en sera toujours ainsi, en une constante répétition, dans un monde sans fin.

D’emblée, le roman nous annonce sa trame chronologique particulière. En tant que descendant des divinités, le rapport au temps d’Orphée est différent au nôtre, simples mortels. Il n’y a pas de passé ou de futur, simplement le présent, ce qui explique pourquoi il est capable de chanter sur des épopées et des héros qui ne sont pas encore nés, d’évoquer des événements qui réapparaitront plus tard dans la narration. Ce parti-pris est à peine exploité. Les événements majeurs du mythe d’Orphée sont expédiés les uns après les autres, ne prenant parfois qu’un paragraphe ou deux, sans aucun développement. Son enfance, son idylle tragique avec Eurydice, sa descente aux Enfers, sa quête en compagnie des Argonautes… On ne s’attarde sur rien. Résultat : le roman est court et se lit très vite. C’est décevant, mais peut-être un mal pour un bien : si l’intrigue avait été plus longue, narrée par un personnage aussi ennuyant, je ne sais pas si j’aurais été capable de continuer jusqu’au bout. La passionnée de mythologie que je suis est restée sur sa faim.

Ce dernier chant d’Orphée avait quelque chose de beau et de mélancolique dans ses premières pages, une promesse qu’il ne tient pas. Après avoir abordé dès le début l’épisode le plus connu de sa vie, celui de sa descente aux Enfers pour sauver Eurydice, le récit expédie ce drame avec trop de distance. Je n’ai pas été touchée et je ne comprends pas ce choix de mettre en début de roman le point culminant de la vie d’Orphée, ce qui l’a rendu immortel dans la culture populaire. Car par la suite, la plume devient banale, parfois familière, tandis qu’Orphée se place en retrait et narre des événements où il n’est plus le protagoniste. Il nous parle de Jason, de Médée, d’Ulysse comme si lui-même n’avait plus d’importance, se contentant de jouer de la lyre quand l’intrigue le demande. Il n’est même pas le témoin ému des drames de ses compagnons de voyage, tant qu’est grand le détachement qu’il développe pour les autres personnages. Le dernier chant d’Orphée ressemble davantage à un documentaire un brin romancé du mythe de Jason et des Argonautes.

Nous, mortels et demi-dieux, nous sommes pris pour l’éternité dans les rets de ces desseins plus vastes décrétés par les dieux.

Enfin, j’ai eu du mal avec Orphée lui-même. Il effectue deux séjours en Egypte qui n’ont aucun intérêt ou impact sur le reste du récit. Là, il évoque cette civilisation étrangère avec mépris, se montrant arrogant envers les Egyptiens et leur culture. Il critique leur façon de chanter, leurs « lacunes » dans leurs croyances… Il s’en prend également au système des hiéroglyphes qu’il rabaisse par rapport à son propre alphabet qui, selon lui, survivra des siècles et des siècles. Orphée est également un personnage qui agit peu, et quand il le fait, il se dédouane de tout. Il insiste toujours sur le fait que personne n’a le choix, que tout est voulu par les Dieux. Quand Orphée nous le répète à chaque tournant majeur de son existence, on a l’impression que notre protagoniste est plus un pantin sans volonté qu’autre chose. Oh, on me demande d’accompagner Jason dans sa quête de la Toison d’Or ? Je n’ai pas trop envie mais je n’ai pas le choix, donc je vais le faire ! Oh, je me suis retourné alors que je n’avais pas le droit, me faisant perdre ma bien-aimée à tout jamais ? Eh bien, c’était la volonté des dieux ! Et le drame passe presque à la trappe, au chapitre suivant on est déjà passé à autre chose. Etc, etc. J’aurais préféré suivre la Médée déterminée et sombre que l’on voit apparaître quelques pages, même si l’auteur a l’air de la condamnée comme une criminelle sans nuances… Toujours est-elle qu’elle fait des choix, elle. Car Orphée, se laissant porter par le « destin » me pousse à me demander quel était l’intérêt de ce dernier chant.

D’autres avis sur Le dernier chant d’Orphée : Du côté de chez Cyan, Les Chroniques du Chroniqueur, La Geekosophe, Le Monde d’Elhyandra, En tournant les pages, Livraisons littéraires, La choupaille lit, Sometimes a book

2 réflexions au sujet de “Le dernier chant d’Orphée – Robert Silverberg : réécriture épique ou concentré sans saveur ?”

  1. Même si j’ai réussi à l’apprécier, principalement pour sa première partie avec Orphée et son rapport au Temps, je suis d’accord qu’il est loin d’être satisfaisant. J’ai trouvé le style trop académique et détaché pour que l’on s’attache aux personnages. Heureusement, depuis, j’ai lu et adoré les deux romans de Madeline Miller.

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